Une fausse avocate démasquée au tribunal. « Elle avait le jargon. Elle portait la robe… »
Mais elle n’avait ni le serment, ni le droit d’être là. Et pourtant, elle a réussi à s’introduire dans nos prétoires pendant plusieurs semaines, au milieu des audiences, abusant de notre confiance.
Le 27 mars dernier, en pleine audience du procès Sarkozy sur les financements libyens, une fausse avocate a été interpellée au tribunal judiciaire de Paris.
Vêtue de la robe noire, elle déambulait entre les salles d’audience, s’asseyait sur les bancs de la défense, engageait des discussions avec des confrères… et surtout, profitait de la confiance que lui donnait les confrères et consoeurs pour garder leurs affaires personnelles et dérober des liquidités dans leurs portefeuilles.
Ce n’était pas un fait isolé.
Depuis février, plusieurs alertes circulaient discrètement sur les groupes de discussion entre avocats. Des objets manquants, des espèces subtilisées, des comportements étranges signalés…
Mais comme souvent, on hésite. On doute. On se dit que c’est improbable. Après tout, qui oserait se faire passer pour un avocat dans l’enceinte d’un tribunal ? C’est pourtant ce qui s’est passé.
Cette affaire soulève trois problématiques majeures pour notre profession.
La robe inspire confiance… parfois trop.
Notre robe incarne l’indépendance, la déontologie, le savoir-faire et le serment. Mais elle peut aussi servir de masque, et c’est là tout le paradoxe. Dans un lieu comme le tribunal, où la robe est un sésame, peu s’aventurent à poser des questions sur la qualité de celui ou celle qui la porte.
➡️ Et si nous devions apprendre à faire preuve de la même vigilance envers ceux qui nous ressemblent qu’envers ceux qui nous sont opposés ?
La solidarité confraternelle comme première ligne de défense.
Ce n’est pas une institution qui a donné l’alerte. Ce sont des confrères. Des confrères attentifs, connectés, réactifs. C’est Me Marine SCHWALBERT, en particulier, qui a reconnu la suspecte, suivi ses déplacements, alerté le bâtonnier, et contribué à son interpellation.
➡️ Cette vigilance collective est notre meilleur rempart. Elle rappelle à quel point nos groupes, nos échanges informels et notre esprit de corps sont essentiels à la protection de nos pratiques.
L’accès à nos prétoires peut-il rester libre ?
Peut-on encore entrer dans une salle d’audience avec une robe, sans que personne ne vérifie une identité ou une qualité d’avocat ? Faut-il restreindre l’accès aux audiences sous couvert qu’une seule personne en France se soit faite passer pour l’une des nôtres ?
➡️ L’exercice illégal de la profession n’est pas seulement une infraction, c’est une menace directe à l’image de notre profession et à la sérénité de nos pratiques.
Cette affaire n’est pas anecdotique.
Elle nous oblige à réfléchir, à partager, à mieux nous protéger, sans pour autant renier cette confiance naturelle qui fait la force de notre barreau.
Oui, elle avait le jargon. Oui, elle portait la robe. Mais ce qui lui manquait et qui ne s’achète ni ne s’imite, c’est l’engagement, le respect, et l’honneur de notre serment.
Et vous, qu’en pensez-vous ?
Avez-vous déjà été témoin de comportements douteux au sein des tribunaux ? Comment concilier confiance et vigilance dans notre quotidien professionnel ? Je serais très intéressé par vos retours sur cette affaire et sur ce qu’elle dit de notre époque et de notre métier.
Auteur : Vincent DURAND